Partie I / Le portfolio
Structurer son portfolio : catégories et architecture
4.1Penser en finalités, pas en outils
L'erreur la plus répandue, dans l'organisation d'un portfolio, c'est de trier par logiciel ou par médium. Une section Photoshop, une section dessin, une section photos. C'est une logique d'atelier, de tiroir. Pas une logique professionnelle.
Rangez plutôt selon la finalité : à quoi sert le projet ? Un projet d'identité de marque, une série éditoriale, une campagne de communication, un univers illustré. Voilà des catégories qui parlent à celui qui vous lit. Elles disent quels problèmes vous savez résoudre, pas quels raccourcis clavier vous connaissez par cœur. Le classement par outil regarde en arrière, vers la fabrication. Le classement par finalité regarde vers l'usage, vers le client, vers ce que le travail sert. C'est le second qui intéresse celui qui recrute, parce que c'est le second qui parle sa langue.
Chaque projet doit habiter une catégorie. Pas d'orphelins, pas de rubrique « divers » qui traîne à la fin comme un placard qu'on n'ose pas ouvrir. Si un projet ne trouve nulle part où se poser, c'est peut-être qu'il n'a pas sa place, ou que votre système de rangement est à revoir. La rubrique « divers » est un aveu d'échec déguisé : elle dit que vous n'avez pas su, ou pas voulu, décider de ce que ce projet racontait. Décidez.
4.2La diversité maîtrisée
Un portfolio doit donner à voir, vite, l'étendue de vos compétences. Mais cette étendue se met en scène, elle ne se déverse pas. Sauter du branding au motion, puis à la photo culinaire sans le moindre fil conducteur, ce n'est pas de la polyvalence, c'est de l'éparpillement. Et l'éparpillement inquiète.
Toute la nuance sépare le généraliste du touche-à-tout. Le généraliste possède un centre de gravité clair et fait rayonner plusieurs compétences autour de lui. Le touche-à-tout papillonne, et aucune ligne ne se dégage. Votre architecture doit donner à voir le premier. Jamais le second. La différence, aux yeux du recruteur, tient en une question muette : est-ce que cette personne sait ce qu'elle veut ? Le généraliste, oui, malgré sa diversité. Le touche-à-tout, non, à cause d'elle. Or on n'embauche pas volontiers quelqu'un qui semble ne pas savoir ce qu'il veut, parce qu'on redoute qu'il ne sache pas non plus ce qu'on attend de lui.
4.3L'architecture raconte une histoire
L'ordre des catégories, la hiérarchie des projets, la marche du premier au dernier : tout cela raconte quelque chose. Votre architecture est un récit, que vous le vouliez ou non. Autant l'écrire exprès.
Et il faut prendre ce mot de récit au sérieux, car un récit obéit à des lois. Gérard Genette, qui a disséqué comme personne la mécanique du récit, distinguait l'ordre des événements de l'ordre de leur présentation : on ne raconte pas forcément dans l'ordre où les choses se sont passées, on raconte dans l'ordre qui produit le meilleur effet. Un portfolio, c'est exactement cela. Vous ne présentez pas vos projets dans l'ordre chronologique où vous les avez faits, vous les présentez dans l'ordre qui construit la meilleure montée. Le montage prime sur la biographie. Vous êtes le monteur de votre propre histoire.
Le premier projet, c'est votre poignée de main. Le dernier, votre mot de la fin. Choisissez-les en conséquence. Mettez en tête votre pièce la plus forte, la plus représentative de là où vous allez. Ne gardez jamais votre chef-d'œuvre pour la fin en espérant un crescendo : le visiteur, lui, risque de ne jamais y parvenir. On lit un portfolio comme on regarde une vitrine, en diagonale, et rares sont ceux qui vont jusqu'au bout. Le crescendo est une figure de concert, pas de portfolio. Ici, on ouvre fort.
Entre les deux, soignez le rythme. Alternez les registres, évitez d'accoler deux projets trop semblables qui se voleraient la vedette. Pensez la navigation comme une promenade : chaque étape doit donner envie de la suivante. Un bon portfolio se parcourt comme un bon album s'écoute, avec des temps forts, des respirations, des ruptures qui relancent l'attention au moment où elle allait faiblir. Les galeries de landing pages comme Land-book ou Lapa Ninja, citées dans les ressources, sont un excellent terrain pour voir comment les meilleurs orchestrent cette montée. Regardez, chez eux, non pas les visuels, mais l'ordre : ce qu'ils montrent en premier, ce qu'ils gardent, ce qu'ils font attendre.